Socle Interministériel des logiciels libres : évolutions à venir et appel à participation
Publié le vendredi 19 juin 2026
Les enjeux liés aux logiciels libres ont profondément changé au sein de l'administration.
Lorsque le Socle Interministériel des Logiciels Libres (SILL) a été créé en 2012, l'enjeu principal était de démontrer que les logiciels libres constituaient des alternatives crédibles aux solutions propriétaires. À l'époque, il fallait rassurer, légitimer et faire connaître un écosystème encore relativement peu visible dans certaines administrations.
Quatorze ans plus tard, le contexte a changé.
Les questions de souveraineté numérique occupent désormais une place centrale dans les stratégies publiques. Les contraintes budgétaires poussent également les administrations à rechercher davantage de mutualisation et d'efficacité dans leurs choix technologiques. Dans le même temps, l'écosystème open source s'est considérablement enrichi : il existe aujourd'hui des centaines de solutions libres pour répondre à la plupart des besoins des organisations publiques.
Cette abondance constitue une opportunité, mais elle crée également un nouveau défi : comment s'y retrouver ? Comment comparer les solutions ? Comment évaluer leur pérennité ? Comment capitaliser sur les retours d'expérience déjà réalisés ailleurs dans l'administration ?
Dans son rôle de direction interministérielle du numérique et de CTO de l'État, la DINUM a la responsabilité non seulement de produire une doctrine, mais également d'aider les administrations à la mettre en œuvre.
C'est dans cette perspective qu'un travail de refonte du SILL a été engagé en 2026. L'ambition, en réponse au contexte actuel, est de le faire évoluer le SILL d'un annuaire de référencement vers une infrastructure d'aide à la décision, à l'adoption et à la mutualisation autour des logiciels libres.
2012-2026 : le SILL, de liste à annuaire de référence des logiciels libres recommandés par l'État
Au sein de l'administration publique, on ne présente plus le (Ouvre une nouvelle fenêtre) SILL (Socle Interministériel des Logiciels Libres) : créé en 2012 sous la responsabilité de la DINSIC (entité préfiguratrice à la DINUM), dans le cadre du projet de modernisation des systèmes d'information de l'État via (Ouvre une nouvelle fenêtre) la circulaire Ayrault, cet annuaire est le fruit d'une concertation collective des ministères.
Son objectif : proposer une liste de logiciels libres préconisés par l'État, afin de légitimer l'open source, encourager les usages, mais aussi guider les agents dans leurs choix et les rassurer.
Au fil des années, grâce à la contribution de groupes de travail, le périmètre du SILL s'élargit à des domaines variés (gestion de parc, exploitation de serveurs, bases de données, environnements de développement, etc)
En 2020, il prend un nouveau tournant : plutôt que d'être mis à jour lors de points de concertation interministérielle, le SILL ouvre ses portes à la contribution directe des agents publics, qui sont libre d'y déclarer leurs usages et de proposer des outils qu'ils plébiscitent. Cette démarche propulse le nombre de logiciels listés à plus de 600, devenant l'annuaire de référence des logiciels libres recommandés pour l'administration.
Cette ouverture, accompagnée à ses débuts d'un cadre de référence et de réunions régulières, voit cependant ce cadre disparaître graduellement. Une situation qui finit par amener plusieurs défis pour les utilisateurs du SILL :
- difficulté à naviguer parmi la vaste liste d'options disponibles
- absence de critères clairs et homogènes pour évaluer la pérennité d'un logiciel, sa pertinence par rapport à un autre, ou aux besoins d'un projet donné
- abandon des mise à jour des fiches logiciels par certains mainteneurs avec le temps
- obsolescence de certains outils non reflétée dans le SILL
- absence de documentation aboutie pour l'implémentation
À mesure que le catalogue s'est enrichi, une question s'est imposée : comment transformer une liste de plusieurs centaines de logiciels en un véritable outil d'aide au choix ? Cette interrogation fait écho aux objectifs portés par la
(Ouvre une nouvelle fenêtre) circulaire 6519/SG sur la commande publique numérique, qui confie à la DINUM la mission de recenser les solutions réutilisables et mutualisables au sein de l'administration.
C'est dans cette perspective, et dans le cadre de son rôle de CTO de l'État, que la DINUM a lancé en 2026 un chantier de modernisation du SILL. L'objectif : faire évoluer le répertoire historique des logiciels libres vers une infrastructure facilitant l'identification, l'évaluation et l'adoption de solutions numériques ouvertes.
Repenser un socle commun clair et accompagner l'adoption des logiciels libres
Cette évolution repose sur trois ambitions complémentaires.
1. Faciliter et fiabiliser les choix
L'adoption du logiciel libre accélère en France, et ailleurs. Cette diversité est une force, mais elle peut aussi devenir une source de complexité.
L'une des principales attentes exprimées par les administrations concerne la capacité à identifier rapidement des solutions robustes, pérennes et adaptées à leurs besoins. Jusqu'à présent, le SILL référençait plusieurs centaines de logiciels sans toujours permettre de comprendre aisément pourquoi une solution était préférable à une autre, dans un contexte donné.
L'objectif est désormais de produire des recommandations fondées sur des critères explicites et partagés. Il ne s'agit plus uniquement de lister des logiciels, mais de fournir un cadre d'analyse permettant d'éclairer les décisions.
2. Renforcer la mutualisation interministérielle
L'intérêt du travail interministériel sur les logiciels libres repose depuis l'origine sur un principe simple : ce qu'une administration apprend doit pouvoir bénéficier aux autres.
Lorsqu'un ministère évalue une solution, réalise un déploiement complexe, identifie des risques ou contribue à l'amélioration d'un projet open source, cette expérience constitue une ressource précieuse pour l'ensemble de la sphère publique.
Le futur SILL vise à mieux valoriser ces retours d'expérience et à favoriser l'émergence de référentiels communs. La mutualisation ne concerne pas uniquement les logiciels eux-mêmes ; elle concerne également les connaissances, les méthodes d'évaluation et les bonnes pratiques associées à leur utilisation.
3. Accompagner un changement culturel
L'évolution du SILL répond également à un enjeu plus profond : celui d'une transformation des usages. Adopter un logiciel libre ne consiste en effet pas simplement à remplacer un outil propriétaire par une alternative ouverte. Cela implique souvent une autre manière d'appréhender les technologies numériques.
Les logiciels libres s'inscrivent dans une vision et une culture : ils reposent sur des communautés engagées et des équilibres collectifs qui conditionnent leur pérennité. En ce sens, ils ne sont pas uniquement des produits, mais s'inscrivent directement dans la philosophie des communs numériques.
L'objectif n'est évidemment pas de transformer chaque administration en mainteneur de logiciels, mais plutôt d'encourager progressivement l'adoption d'une posture plus active des utilisateurs : partager ses retours d'expérience, signaler les problèmes rencontrés, documenter ses usages ou contribuer lorsque cela est possible.
Le SILL a vocation à accompagner cette montée en maturité en proposant non seulement des recommandations, mais aussi des ressources et des méthodes, ou encore en soutenant des espaces d'échange (comme (Ouvre une nouvelle fenêtre) le Forum du numérique ouvert) permettant aux administrations de mieux comprendre et mieux utiliser les logiciels libres.
GT (groupe de travail) SILL : relancer une concertation interministérielle et repenser les critères d'évaluation des logiciels libres
Pour traduire cette vision en actions concrètes, la DINUM a engagé en 2026 un travail de révision du fonctionnement et des recommandations du SILL. L'objectif est de disposer d'un cadre de recommandation plus lisible, plus explicite et davantage fondé sur des critères partagés à l'échelle interministérielle.
Ce travail s'appuie sur un groupe dédié, réunissant les référents logiciels libres des administrations, ainsi que des représentants de la DINUM.
Le GT SILL s'est dores et déjà structuré, et a entamé un travail sur plusieurs rendus :
- Mise en place du groupe de travail, de ses instances et de ses processus de travail ;
- Définition en concertation interministérielle d'une grille de lecture et de critères communs pour évaluer les logiciels libres recommandés ;
- Analyse et publication d'une première liste de logiciels recommandés par la DINUM.
- Lancement des réflexions autour d'une ressource documentaire pour aider les administrations à conduire leurs propres analyses ;
- Ouverture d'un (Ouvre une nouvelle fenêtre) espace dédié sur le forum du numérique ouvert pour échanger autour de ces logiciels et récolter les contributions.
Au cœur du travail du GT se trouve notamment la révision des critères d'évaluation utilisés pour formuler une recommandation. Jusqu'à présent, le SILL reposait principalement sur la déclaration d'usages par les administrations, ce qui rendait très hétérogène la capacité d'évaluation de chaque outil. Le nouveau dispositif vise à compléter cette logique par une analyse plus structurée des logiciels étudiés.
L'objectif n'est pas d'établir un classement universel des solutions libres, mais de disposer d'une grille de lecture commune permettant d'évaluer différents aspects d'un projet :
- Législation : est-ce que le logiciel est recommandé aux administrations par d'autres canaux législatifs ?
- Intérêt : quel est l'intérêt de faire une recommandation sur ce sujet ?
- Licences : est-ce que l'administration est libre d'utiliser le code ?
- Utilisation : est-ce que le logiciel est utilisé au sein de certaines administrations et répond aux attentes de ces dernières ?
- Communautés : est-ce que la communauté du projet est active et résiliente ?
- Maturité technologique : est-ce que le projet est mature et robuste ?
- Socio-économie : est-ce que le projet semble ouvert aux propositions et contributions extérieures ?
- Sécurité : est-ce que la gestion de la sécurité par la communauté est adaptée au contexte d'une administration ? Et est-ce que l'administration peut avoir une autonomie relative afin de réagir en cas de problème ?
Un processus de recommandations mis à jour
La définition de critères communs n'a de valeur que si elle s'accompagne d'un processus de décision transparent et partagé.
Pour cette raison, la DINUM a également revu la manière dont les recommandations du SILL sont élaborées. L'objectif est double : s'appuyer davantage sur l'expertise des administrations tout en conservant un cadre de décision cohérent à l'échelle interministérielle.
Concrètement, les logiciels étudiés peuvent être identifiés à l'initiative de la DINUM ou proposés par les référents logiciels libres des administrations. Chaque proposition donne alors lieu à un travail d'analyse fondé sur les critères présentés précédemment, permettant de documenter les forces, limites et caractéristiques du projet.
Les résultats de ces analyses sont ensuite partagés au sein du groupe de travail afin de nourrir les échanges. Ce travail de concertation permet de mettre en commun les connaissances acquises par les différentes administrations et de construire progressivement une lecture partagée des enjeux.
Dans son rôle de CTO de l'État, la DINUM conserve toutefois la responsabilité finale des recommandations publiées. Le groupe de travail joue ainsi un rôle consultatif et contributif, tandis que la recommandation interministérielle demeure portée par la DINUM.
À terme, ce processus a vocation à s'inscrire dans un rythme de mise à jour régulier. Les administrations pourront proposer de nouveaux logiciels à analyser, partager leurs retours d'expérience ou signaler des évolutions concernant des solutions déjà recommandées.
Cette dynamique doit permettre au SILL de rester fidèle à son esprit d'origine : un travail collectif au service de l'ensemble des administrations, tout en offrant un cadre de recommandation plus lisible, plus robuste et mieux adapté aux enjeux actuels.
Et après ? Tracer collectivement la trajectoire du SILL
La nouvelle étape du SILL repose ainsi sur trois piliers : une gouvernance clarifiée, des critères d'analyse partagés et un corpus de recommandations construit collectivement.
Une liste inaugurale, rassemblant un premier groupe de logiciels ayant fait l'objet d'une analyse complète au regard des critères définis collectivement, (Ouvre une nouvelle fenêtre) est déjà disponible en ligne.
Elle ne prétend pas couvrir l'ensemble des usages ni refléter toute la richesse de l'écosystème open source utilisé dans les administration mais constitue un premier socle de recommandations explicites, appelé à s'enrichir progressivement au fil des travaux du groupe de travail et des contributions des administrations.
Les logiciels libres utilisés au sein de l'administration continuent bien entendu d'être nombreux et diversifiés. L'ambition n'est pas de réduire cette diversité, mais de construire progressivement des repères communs pour aider les administrations à faire leurs choix.
Les recommandations du SILL constituent une première brique de cette démarche. Elles seront progressivement complétées par des ressources documentaires permettant aux agents de se saisir eux-mêmes des logiciels libres et de les évaluer à partir d'une grille de lecture partagée.
Cette trajectoire ne peut se construire qu'avec les administrations qui utilisent ces logiciels au quotidien. C'est pourquoi nous vous invitons à rejoindre les discussions sur le forum du numérique ouvert, pour nous recommander des logiciels clés à évaluer et nous partager vos retours sur l'avenir du SILL !
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